Jean Manié (la légende de Saint Antonin)

Jean Manié « Récupéré »  Extrait du chapitre « la fête de Saint-Antonin »

pages 61 et 62

« D’après les dictons d’une légende des temps reculés, Saint-Antonin s’appelait Noble-Val. Je ne sais si c’était pendant les guerres de religions, un saint aurait été décapité et brûlé sur la place du Viort. Pendant que le  bûcher brûlait, la tête de la victime sortit du foyer. Alors survint Saintraille, qui était autour pour mieux voir, et des plus enragés ; il prit la tête entre ses mains et la jeta dans le foyer ; une deuxième fois, la tête ressortit du foyer ; il la reprit et la rejeta dans le bûcher; une troisième fois, il voulut bien la reprendre, mais elle roula dans la rue qui était en pente, jusqu’au bout, sur les bords de la rivière l’Aveyron. Il y avait une barque, la tête tomba dedans, la barque à ce moment fut entraînée par le courant et alla échouer on ne sait où.

De cet acte barbare, dont il s’était rendu coupable, Saintraille fut puni ; toutes les générations furent tarées par le mauvais génie : laids, infirmes, myopes, ivrognes, voleurs et même criminels. Comme de juste, ils habitaient dans les plus mauvais quartiers ; personne ne les voulait comme voisins, rue de la Vermine, voisine de la rue Bombe-Cul, avec ses mendiants, ses ivrognes. Pour aller d’une rue à l’autre, on passait dans la cave d’une maison où il y avait une grande ouverture donnant sur la rue semblable par sa vermine. Au bout de la rue Bombe-Cul, le passage était si étroit, juste un mètre, qu’il fallait fermer le parapluie pour passer ; une maison, dont un angle avançait à moitié sur la rue : par cette ouverture, le chemin était plus court, par là on rendait visite aux amis pour boire un bon litre de vin. »

Source : Ed. Vertuel, 1968 – 220 pages

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