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Conférence (10 juillet 2020) présentation de Félix Castan dans le Monde du 26 juillet 2001

Félix-Marcel Castan

(Hommage publié le 26 janvier 2001 dans le journal Le Monde)

Par PHILIPPE-JEAN CATINCHI  

«C’ÉTAIT AVANT TOUT un homme de coeur ». L’hommage de l’écrivain occitan Max Rouquette à son ami Félix-Marcel Castan, décédé lundi 22 janvier à Agen (Tarn-et-Garonne) à l’âge de quatre-vingts ans, rend justice à un auteur si pudique et secret qu’on oublie qu’il fut le théoricien de la décentralisation culturelle et sans doute le penseur le plus stimulant de l’Occitanie moderne.

Né à Labastide-Murat (Lot) le 1er juillet 1920, Félix-Marcel Castan grandit à Moissac, gagne Montauban, puis Paris où il s’inscrit en hypokhâgne à Louis-le-Grand. Mais des problèmes de santé le rappellent précipitamment dans le Lot. C’est là qu’il prend soudain la mesure de la distance entre la littérature qu’il aime, Valéry en tête, et les maîtres occitans Perbosc et Cubaynes : il n’aura dès lors de cesse d’établir les relations de toutes les expressions littéraires sur un strict pied d’égalité. Il apprend sérieusement la langue occitane, se faisant ouvrier agricole de 1942 à 1944 pour mieux s’immerger dans une culture à restaurer. En rupture avec le félibrige traditionnel, il défend une conscience occitane nouvelle, qui allait redéfinir une culture folklorisée. Il fréquente alors Ismaël Girard, Max Rouquette, Robert Lafont, René Nelli, qui lui présente Aragon, Breton, Eluard et Tzara, repliés sur Toulouse. Affichant un engagement catholique et communiste qui le marginalise, le jeune militant fait partie de l’équipe fondatrice de l’Institut d’études occitanes (IEO) qui naît alors pour corriger le « scandale » d’une centralisation hautaine. C’est la création de la revue Oc dont il assure la rédaction jusqu’en 1955. Lui qui lit dans l’expression littéraire le vrai creuset des valeurs que l’Occitanie a à offrir au reste du monde y défend l’idée d’une publication d’écrivains occitans dans une optique pédagogique ; peu suivi, il est exclu du groupe avec Girard, tandis que Rouquette s’éclipse.

C’est à Montauban que Félix-Marcel Castan va dès lors mettre en oeuvre le projet dont il rêve : avec sa compagne, le peintre Marcelle Dulaut, il lance en 1954 une biennale de poésie qui croise langues française, occitane, catalane et espagnole. Trois ans plus tard c’est le Festival de Montauban, où la place Nationale, écrin baroque, accueille une manifestation qui entend marier toutes les formes d’expression artistique (poésie, théâtre, musique, danse, peinture, sculpture). La même philosophie et la même foi d’artisan scrupuleux, qui se refuse à théoriser sa position en doctrine sans une défense et illustration populaire et festive, le conduit à créer en 1969 la Mostra del Larzac, selon le même principe de forum et de rencontres ouvertes. Parallèlement, il lance la revue Baroque et crée le Centre international de synthèse du baroque, qui se tourne autant vers le Siècle d’or espagnol que vers Corneille.

LA « LINHA IMAGINOT »

Son engagement de terrain et la force de son discours, d’une impeccable solidité sans sacrifier aux démons d’une rhétorique facile ou démagogique, le disposaient à organiser les premières Assises de la décentralisation en 1984. De Ben à la Compagnie Lubat, des Fabulous Trobadors à Massilia Sound System, de Jean-Marie Carlotti à Nux Vomica, on ne compte plus les acteurs culturels qui se réclament de la pensée de Castan, précurseur du mouvement anticentraliste et antirégionaliste de la « Linha Imaginot ».

Il serait cependant injuste que les combats de Castan fassent passer sous silence l’écrivain qu’il fut. De sa production littéraire, on retiendra ses essais, Décentralisation occitaniste (éd. Cocagne, 1973), le capital Manifeste multiculturel et antirégionaliste (éd. Cocagne, 1984) et, plus récemment, Jeunesse des troubadours (éd. Cocagne, 1996) – en attendant le bien-nommé Hétérodoxies -, ou, rédigés en occitan, Argumentari (IEO, 1994) et Lo nivèl de la mar ; mais on n’oubliera pas ses poèmes, trop peu lus, De campèstre, d’amor e de guerra (IEO, 1951), Jorn (éd. Cocagne, 1972), M (Tribu, 1984), et le recueil à paraître Elucidari.

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